Lausanne, refuge de Morrissey

MUSIQUE – Pour son unique date suisse, l’ex-chanteur des Smiths se produit dans la capitale vaudoise. Sa deuxième «maison».

PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID GLASER ET AMY ARAYA

info@lacote.ch

Après deux tentatives avortées, Morrissey – végétarien et fervent défenseur de la cause animale – se produira pour de bon au Métropole le 4 octobre prochain. Et ce sera presque à domicile puisque l’Anglais, qui compte dix albums au compteur, séjourne souvent à Lausanne. Rencontre.

Un an après avoir annulé votre concert aux Docks, vous jouez cette fois au Métropole. Lausanne compte-t-elle pour vous?

J’y passe beaucoup de temps depuis presque quinze ans. C’est vraiment mon domicile principal, pas un lieu de résidence secondaire. Ça ne m’est jamais arrivé de jouer à Lausanne car, comme la Fnac n’a que deux de mes CD à vendre, je n’ai pas senti que j’étais très populaire par ici. Le dernier concert a été annulé en raison d’un état grippal général dans le groupe…sauf pour moi . Ce qui est bizarre car c’est plutôt le contraire, d’ordinaire.

Vous avez déclaré être prêt à ne plus jouer au Royaume-Uni, vu le peu de considération des maisons de disques pour vos albums. Vous engager avec un label étranger est envisageable?

Ce serait un rêve de trouver un label en Amérique du Sud, par exemple. Ma confiance en moi s’amenuise à mesure que je reste au Royaume-Uni, et ce malgré le nombre important de fans fidèles. Mais la tendance actuelle y est au marketing. Le succès est acheté. Vous n’entendrez jamais une pop music britannique reflétant l’esprit de notre époque. On nous laisse avec des gens même pas assez bons pour être considérés comme médiocres. La pop est sous contrôle du business de l’événementiel comme ce que nous servent les Brit Awards (ndlr: l’équivalent des Swiss Music Awards). Les grands labels veulent une réplique du n° 1 des charts. Quel intérêt d’être musicien si c’est pour refaire quelque-chose qui marche déjà?

Dans vos morceaux, vous avez intégré des trompettes mexicaines, des guitares flamenca. Votre ouverture semble plus grande que jamais…

Quand j’ai commencé, j’étais confiné dans un espace très fermé. Physiquement aussi. Si je m’ouvre, c’est que plusieurs parties de moi appartiennent à pas mal d’endroits. Manchester n’est plus le seul lieu qui me définit. Mon esprit est une carte de Los Angeles. Les rues de cette ville me correspondent. Soit on accepte cet environnement, soit on grandit en s’opposant à tous ces lieux qui nous ont faits. Et soudain, le monde devient un seul et même pays. Si la musique ne dit plus rien de l’Angleterre de 2015, au Mexique, en revanche, il y a une grande curiosité artistique pour les difficultés sociales du pays. Et le combat contre l’injustice se fait mieux entendre.

Après une autobiographie bien reçue par la critique, vous publiez un premier roman, «List of the Lost». Quel genre d’écrivain êtes-vous?

Je suis un écrivain social, un témoin qui déteste l’injustice. Malheureusement, tous les échanges humains sont basés sur l’injustice, du mariage au meurtre.

Pensez-vous que l’engagement d’artistes pour des causes comme celle du droit des animaux soit d’actualité?

Vous surestimez peut-être un peu trop les gens qui font de la musique. En 2015, ils ne sont pas très intelligents. Voilà peut-être pourquoi ils se frayent un chemin vers le succès car seuls les idiots ont l’air d’y arriver aujourd’hui. Je ne parlerais pas de droits des animaux mais de justice sociale. Peut-être que vous ne vous souciez pas de droits d’animaux à proprement parler, mais si vous prétendez être doté d’une morale, ça devrait aller de soi que vous allez aider quelqu’un qui tombe. Cela devrait être la même chose quand un animal se noie. On devrait appliquer ce même principe aux animaux envoyés aux abattoirs et abolir ces endroits. Tant qu’on en aura, le monde sera sauvage.

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